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Mis à jour le : 04/10/2021

Choisir le parapente ou deltaplane ?

Ils sont à la fois semblables et différents.
Le parapente et le deltaplane sont deux “PUL” (planeurs ultra légers). C’est à dire qu’ils sont décollables à pied, par la seule force musculaire du pilote. Nous abordons ici leurs similitudes et leurs différences, via une comparaison. Comme le rugby et le football, le deltaplane et le parapente ont chacun leurs aficionados, et leurs détracteurs. Les avis sont divergents selon que l’on s’adresse aux uns ou aux autres. Je pratique les deux, alors je serai peut-être plus objectif et plus nuancé.

Apprentissage delta et parapente

Un signe qui ne trompe pas : lors de la formation en delta ou parapente, votre moniteur vous remettra un passeport de vol libre qui vous accompagnera pendant votre enseignement.
Ce livret permet de s’assurer que vous avez vu les différents points de la formation.
90% de ces points sont similaires. Les particularités, lorsqu’elles s’appliquent, sont simplement identifiées par une icône correspondante comme illustré ci-dessous :
passeport de vol libre ffvl

Selon moi, le delta nécessite un apprentissage un peu plus long en pente-école pour arriver au premier vol (quand on part de zéro), mais ensuite on arrive au vol en thermique plus rapidement, car l’aile est plus simple à maîtriser. L’approche en delta nécessite d’être construite, en parapente on peut “improviser” un peu plus. Au décollage, on a moins le droit à l’erreur (difficile de s’arrêter quand on est lancé), mais le profil est déjà en forme, puisque l’aile a été montée. Pas de problème de clés, de cravates, de tour de sellette…

Position delta et parapente

Tu as déjà vu un oiseau voler en te montrant son cul ?

Il y a presque 20 ans, je me souviens de cette remarque intéressante d’un deltiste allemand, rencontré en Italie : Un point pour lui.

En delta on est couché, la tête en avant. Rien que pour cela on est plus proche du vol de l’oiseau. Mais à la longue cette position peut être moins confortable que la position assise du parapentiste, particulièrement pour les cervicales. On peut rétorquer que l’on s’habitue à cette position…question d’entraînement ! En parapente, on est confortablement assis et on dirige essentiellement avec ses mains, qui actionnent des volets sur le bord de fuite.

Historique de l’aile delta et du parapente

Historiquement le delta est né en premier. Francis Rogallo a donné son nom à la première aile qui s’apparentait à un delta. Ingénieur à la NASA, il travaillait sur un moyen de redescendre les “boosters” des fusées américaines. Par rapport à un parachute hémisphérique, son système permettait de planer et d’être dirigeable. Mais la NASA n’a pas donné suite. Rogallo propose son brevet à la communauté, et passe à la postérité.
En novembre 1961, “Popular Mechanics” publie un article sur la “flex wing”. Peu après des plans sont vendus par correspondance, à plusieurs milliers d’exemplaires. Le principe est globalement le même, mais la structure originale est rigidifié par une armature, ce qui permet de décoller avec. A partir de là des bricoleurs s’affairent dans leur garage. Les tubes sont d’abord en bambou, puis en aluminium. Des australiens développent aussi le concept de leur côté.

Ce documentaire très intéressant (en Anglais) retrace l’histoire du delta :

On se doit d’avoir beaucoup de respect pour les deltistes qui ont ouvert de nombreux sites dont ont ensuite profité les parapentistes. De même, c’est lors de cette époque de pionniers que par empirisme le vol libre a progressé, et certains y ont laissé des plumes.

En parapente, l’histoire se passe en France, du côté de Mieussy, en 1978. Trois parachutistes trouvent le moyen de s’entraîner à la précision d’atterrissage en s’élançant depuis une pente raide. Ils survivent : le club des Choucas est né et fait des émules. Peu à peu, les ailes se spécialisent, si bien qu’aujourd’hui le parachute n’est plus que le lointain ancêtre du parapente (qui étymologiquement signifie parachute de pente).

Delta vs parapente : sites de pratique

Le deltaplane et le parapente partagent le même terrain de jeu : l’air.
On peut dire qu’ils cohabitent, dans la mesure où ils n’ont pas la même trajectoire ni les mêmes vitesses d’évolution. Un deltiste a du mal à voir au dessus de lui, du fait de sa position couchée, et de la proximité de la voile qui fait écran. Les parapentistes n’en ont pas toujours conscience.

Décollage

Un deltiste doit être plus sélectif dans le choix de ses sites de décollage : Du fait de l’encombrement et du poids de l’aéronef, il est impératif que le site de décollage soit facilement accessible en voiture, et qu’il y ait une zone de préparation dédiée pour le montage de l’aile.

Atterrissage

Remarque intéressante d’un deltiste américain (également pilote d’avion, et d’hélicoptère dans l’armée), rencontré à Valle de Bravo : Un parapente pose un peu comme un hélicoptère : Du fait de sa faible pénétration face au vent, il descend quasiment sur place en finale. En delta, il faut s’appliquer sur son approche, qui se rapproche plus de celle d’un avion, ou d’un planeur

De plus, lorsqu’il arrive en finale, un delta subit l’effet de sol : Du fait de la proximité de la voile par rapport au sol, un coussin d’air se crée, prolongeant d’autant la finale. Cependant, il suffit de tirer plus ou moins sur la barre de contrôle pour incliner son plan de descente (ce qui n’est pas vraiment possible en parapente), et avec une aile simple surface, cet effet de sol est très limité.

En résumé, un deltaplane nécessitera généralement un terrain d’atterrissage plus grand qu’un parapente. Un parapentiste devra penser à dégager rapidement du terrain d’atterrissage, rejoindre la zone de pliage dédiée, et ne pas faire de gonflage pour ne gêner un deltiste en approche. C’est le cas au Peñon, alors pensez-y, si vous volez déjà en parapente et prévoyez de voyager cet hiver.

Un delta peut-être tracté, comme un planeur, alors que cela reste impossible en parapente (vitesse trop faible). On peut donc pratiquer en plaine, depuis une base planeur.

Pilotage

Outre la position couchée, évoquée plus haut, le pilotage du delta ne se fait qu’avec le transfert de poids du pilote. En tirant ou poussant sur la barre en tangage et en roulis, il fera accélérer, ralentir ou virer son aile.

Le delta se pilote du bout des doigts (en conditions calmes). Son pilotage est cependant un peu plus physique, car nécessite des ajustements permanents. Ça réveille des muscles dans le haut du dos insoupçonnés, et développe les épaules. Lors de mes premiers vols en thermiques je posais volontairement au bout de 20 minutes complètement rincé. Mais j’étais sûrement un peu tendu, et je m’y prenais mal. Le delta était un peu grand pour moi : J’étais en bas du PTV. C’était un choix délibéré du moniteur au début (moins de vitesse à l’atterrissage, mais plus difficile à maîtriser en conditions thermiques).

Performances comparées aile delta et parapente

Même si les performances des premiers parapentes faisaient pâle figure face à celle des deltas, elles tendent à se rapprocher. Cela fait doucement rigoler les deltistes qui traitent les parapentes de “méduses”. Au Mexique, on parle de boyas (bouées). Tout est dit.

Un deltiste possède globalement une meilleure finesse (environ 16 pour un delta contre 10 pour un parapente), et une réserve de vitesse supérieure. Les parapentes de compétition atteignent les 70 km/h, les meilleurs deltaplanes les 150 km/h. Si vous avez l’occasion de voir une arrivée d’une manche de compétition, vous comprendrez qu’on est clairement dans un autre monde.

Montage, poids, encombrement : deltaplane ou parapente ?

En 1962, Science et Vie publie un article sur l’aile Rogallo avec un passage aujourd’hui comique : “Elle est repliable ce qui réduit l’éternel problème de l’encombrement”.

Sur ce point, c’est clair que le parapente gagne haut la main. Ce n’est pas très compliqué, ni très long de monter un delta, mais quand on compare à un parapente, pour lequel il suffit de déballer son matériel, il n’y a pas photo ! D’autant qu’il faudra refaire l’opération inverse lors de l’atterrissage (démontage). Heureusement à Valle de Bravo, pour quelques pesos, un gamin vous proposera ses services, pour ne pas dire son expertise.
Il existe des modèles de delta dont les tubes sont en plusieurs parties, on gagne en encombrement, mais cela se ressent sur le temps de montage, ainsi que sur le poids de l’ensemble.

Un parallèle peut être fait avec la planche à voile, en perte de vitesse, depuis l’avènement du kitesurf (plus compact, qui tient dans le coffre d’une voiture).

Voyage

Sans faire le difficile, le deltiste devra être plus sélectif sur les sites de vol libre. Le choix des décollages et atterrissages est plus réduit. En revanche, les deltas résistent bien dans les zones où le vent est fort (comme à Quixada, au Brésil), car au delà de 30 km/h, un parapente commence à reculer. Dans les Canaries, les parapentistes se retrouvent à Ténérife, mais Lanzarote, plus venté, reste plutôt le domaine des deltas.

Un voyage en delta ne s’improvise pas, surtout si vous souhaitez partir avec votre matériel. Ce sont de longues heures en voiture, car en avion, le surcoût devient vite un frein au déplacement. A Valle de Bravo, il est possible de louer son matériel sur place (pensez quand même à prendre votre harnais). C’est encore la meilleure solution. D’autant que depuis cette année (2021), le centre de fabrication de Wills Wing a déménagé de la Californie vers Valle de Bravo.

En parapente, a contrario le voyage en avion ne pose pas de problème, tout au plus votre parapente devra être enregistré en « oversize luggage ».

Résistance à la turbulence

Du fait de son profil souple, de son cône de suspentage plus long (la voile est huit mètres au dessus du pilote), le parapente est plus sensible à la turbulence. Certains disent que l’aile du deltaplane ne ferme pas, et que jamais ils ne feront du parapente pour cette raison. Le parapentiste rétorquera que le fait que l’aile ferme, agit comme un sorte de fusible.
Certes une aile delta ne ferme pas, en revanche, à l’instar de la fable du chêne et du roseau, il arrive un moment où l’aile passe sur le toit (tumbling). Le débat reste ouvert…
Quand les conditions deviennent trop fortes (vent et thermique), fin février-début mars, je préfère voler en delta qu’en parapente, bien qu’ayant à ce jour moins de 30 vols. Un tour du bocal élargi en delta, ça vous dit ?

Vols de distance

Comme le deltiste a moins de choix quant aux terrains d’atterrissage d’urgence, il doit se montrer plus raisonnable et cela réduit ses possibilités d’exploration.
Un parapentiste même s’il va moins vite, est plus autonome. Il peut poser dans des champs plus exigus, plier son parapente, se rapprocher d’une route à pied, et rentrer en stop, en train…C’est évidemment plus compliqué en delta. Cela impose une vraie logistique, ou des ambitions à la baisse. La fable qui s’appliquerait ici, serait celle du lièvre et de la tortue….
Pourtant le record de distance est détenu par un delta et dépasse les 700 kilomètres !

Sécurité et Accidentologie en parapente et deltaplane

A good landing : you walk away from it,
A great landing : you can reuse your aircraft

-Jeff Hunt (flymexico.com)

Là encore les avis divergent selon les chapelles. Les deltistes considèrent le parapente comme étant plus dangereux. Et vice-versa. Ce qui est sûr c’est que du fait de sa démocratisation, le parapente devient accessible au plus grand nombre, pour le meilleur et pour le pire.

Le parapente pardonne davantage, on arrive moins vite, et on est plus mobile, plus léger, sans structure rigide. Un atterrissage de deltaplane continue de me fasciner, 20 ans après avoir commencé le parapente. Et je ne suis pas le seul. Globalement la traumatologie concerne les membres supérieurs et le haut du corps en deltaplane, le dos et les membres inférieurs en parapente.

L’étude suivante tente d’apporter un début de réponse :
https://outdoorasaurus.com/paragliding/which-is-safer-hang-gliding-paragliding/

Communauté

Quand on se met au parapente, on intègre une grande famille. Avec ses codes, son langage et ses valeurs, même si cela tend à se perdre un peu. Comme le deltaplane est désormais sur le déclin, c’est encore plus vrai. Les pilotes de deltaplane sont obligés de collaborer pour la logistique, et les moniteurs s’entraident, plus qu’ils ne sont en concurrence, afin que l’activité perdure.

Matériel

Ici aussi, le débat est ouvert. Un deltaplane coûte un peu plus cher à l’achat, mais l’inflation de ces dernières années sur les prix des parapentes donne à réfléchir. Il est possible de s’équiper à moindre frais en achetant d’occasion dans les deux cas, cependant un deltaplane dure globalement beaucoup plus longtemps (environ 10 ans, contre 2 ou 3 pour un parapente). Même si le delta continue d’évoluer, il est moins sujet à l’obsolescence programmée que l’on retrouve en parapente, notamment en “light”. Le marketing est moins agressif en deltaplane, et les cycles de vie plus longs. Néanmoins un atterrissage raté en delta, se solde parfois par une barre de contrôle ou des montants latéraux tordus qu’il faut redresser, ou changer. Quand on passe sous des montants profilés ou en carbone , les prix s’envolent.

Passer du delta au parapente, ou l’inverse !

De nombreux deltistes se mettent au parapente pour sa facilité, mais regrettent un peu la glisse et l’adrénaline procurées par le delta. C’est le choix de la raison, plus que du coeur : avançant en âge, ces pionniers ne courent plus aussi bien qu’avant, surtout avec 30 kilos sur le dos !
Certains, plus rares, font la démarche inverse : Après avoir découvert le parapente, ils souhaitent se mettre à la forme la plus aboutie du vol libre. J’en fait partie.

Mon ami Potro (Cf Image d’illustration de cet article / skyrides.mx) m’a fait découvrir le deltaplane lors de mon premier séjour au Mexique. C’est lui qui me l’a proposé, je n’aurai jamais fait la démarche. Pourtant c’était un vieux rêve.

L’année suivante j’y suis retourné pour apprendre : La position, la vitesse, la possibilité de piquer et de virevolter comme un oiseau étaient restées gravées dans ma mémoire. Avant de repartir au Mexique, j’ai fait trois jours de stage avec le Delta Club Annecy, et Sylvain Quievreux. J’ai fait un seul vol, avant de retourner au Mexique. La semaine précédente, je disais à mes élèves en initiation parapente que j’étais jaloux car ils étaient sur le point de faire leur premier vol, et que cela n’arrivait qu’une fois dans sa vie. Et bien, pour mon premier décollage en delta, j’étais tout aussi fébrile que lors de mon premier vol en parapente (2001) !

Conclusion

Si vous pratiquez une des disciplines, Il est relativement facile de passer de l’une à l’autre. Cependant chaque activité possède ses particularités, et il est judicieux d’être accompagné pour ne pas rester enfermé dans ses habitudes.

Si vous n’avez jamais volé, afin de se faire une idée plus précise, le mieux c’est encore d’essayer les deux. Que ce soit en France ou au Mexique, il est possible de faire un biplace pour découvrir l’activité en sécurité.

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